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Le Bouddhisme





Il n'existe pas de définition stricte du bouddhisme. Le présent texte n'est qu'un reflet de ma compréhension du bouddhisme.

Un "bouddhiste" est une personne qui adhère à l'enseignement de Siddharta Gautama, qui vécut 500 ans avant Jésus-Christ. Schématiquement, une personne atteint l'état de "Bouddha" quand elle a un peu tout compris des choses du monde et elle a appris à se maitriser. Siddharta Gautama est supposé avoir atteint cet état...

Le plus utile est peut-être de commencer par brosser les différences entre le bouddhisme et la plupart des autres religions :
Les occidentaux tendent parfois à considérer le bouddhisme comme "la seule religion bien élevée". Cela ne veut pas dire que tout ce qui orange est bonze. Le bouddhisme a de nombreuses choses à se reprocher et la vigilance est toujours de mise :
Il existe principalement deux écoles de bouddhisme : le mahayana et le theravada. Le mahayana est la forme actuellement la plus répandue. Elle correspond le mieux à l'idée d'enseignement philosophique et de souplesse intellectuelle que les occidentaux imaginent. Le theravada se veut plus rigide et orthodoxe et fonctionne comme une religion d'état.

Un bouddhiste est responsable de ses actes. S'il fait une erreur, il ne peut pas prétendre qu'il a suivi une loi ou un dogme et qu'il n'est pas responsable des conséquences. Le bouddhisme lui donne des outils et des points de référence, sans plus. Un bouddhiste se sent tout petit dans l'univers mais il apprécie l'opportunité qui lui est donnée de se comporter en adulte.

La théorie de la réincarnation est une idée religieuse qui était très présente en Inde, berceau du bouddhisme. Elle prétend que chaque fois que l'on meurt, on nait à nouveau, sous une forme différente. Si on s'est bien conduit, on re-nait sous une forme meilleure, par exemple un noble ou un prêtre. Si on s'est mal conduit, on re-naît sous une forme plus vile, par exemple un animal. Le bouddhisme nie l'idée selon laquelle l'âme est éternelle, tout en adhérant à l'idée de réincarnation... Une version bouddhiste de la réincarnation serait plutôt que les âmes des défunts se mélangent et que l'âme d'un nouveau-né est constituée de fragments de nombreuses âmes. Rien ne se perd mais rien n'est comme avant... La théorie de la réincarnation a une grande importance sociale et psychologique. Un paysan exploité par les autorités, acceptera mieux sa condition s'il croit que dans sa vie suivante il peut renaître en étant une de ces autorités. S'il croit que pour cela il doit se conformer aux autorités ("bien se comporter"), il acceptera son sort en attendant sa vie suivante. D'autant, que si sa situation actuelle lui semble peu enviable, la religion lui explique que cela est dû à des fautes qu'il a commises dans sa vie précédente... il est seul responsable de ce qui lui est arrivé. Les autorités lui rendent service en le maltraitant un peu, lui permettant ainsi d'expier ses fautes passées... Le bouddhisme tibétain prétend que des autorités religieuses et politiques se réincarnent pour continuer leur mission sur terre. Les autres obédiences bouddhistes acceptent mal cela et considèrent qu'il s'agit d'une construction socio-politique destinée à asseoir un système féodal. Un bouddhiste moderne ne croit souvent pas que la réincarnation existe mais il attache de l'importance à ce que l'idée de la réincarnation évoque. Symboliquement, on peut considérer que l'on renaît à la vie chaque jour, voire d'une minute à l'autre, au fil de nos agissements et de nos pensées. Un acte mal placé nous avilit, un acte noble nous anoblit... L'idée selon laquelle nous sommes les âmes de nombreuses personnes du passé, fait de nous les héritiers des personnes qui nous ont précédées et nous fait remarquer que nos pensées, nos besoins... sont partagées peu ou prou par de nombreuses personnes autour de nous, qui nous observent et "avec lesquelles nous partageons des lambeaux d'âmes". Cela n'est pas non plus sans rappeler la génétique moderne, qui fait de chaque enfant un mélange des gènes de ses parents et de ses grand-parents. En grandissant, l'enfant vivra au milieu de ce que d'autres personnes ont construit avant lui et en assimilera certains aspects, incorporant ainsi les conceptions et les états d'âme de nombreuses autres personnes.

Vous *êtes* l'ensemble de vos pensées, qui vous traversent l'esprit au fil de la journée et des événements. Plus vous avez appris de choses, plus vous avez d'expérience de la vie, plus vous avez vécu d'émotions... plus nombreuses et intéressantes sont les pensées qui peuvent vous traverser l'esprit et donc "plus vous êtes". Mais, un individu ne peut pas contenir toutes les pensées possibles. Un homme simple qui comprend ses enfants, véhicule des pensées très différentes de celles d'un mathématicien célibataire. Pensées différentes, personnes différentes... L'un n'est pas intrinsèquement "meilleur" ou "plus élevé" que l'autre, pourvu que les deux aient de la richesse intérieure.
L'individu se définissant par ses pensées, si un acte a de mauvaises conséquences mais les pensées qui ont animé son auteur étaient bienveillantes, d'un point de vue bouddhiste c'est moins grave que si les pensées étaient malveillantes.

Beaucoup de problèmes émanent de personnes qui sont assaillies par leurs pensées. Par exemple : un accident survient... et soudain votre esprit est envahi de pensées qui hurlent toutes ensemble : "mets-toi à l'abri !", "fais quelque chose pour aider les victimes  !", "tu n'aurais pas du être là !", "que vont penser tes amis ?!", "tu dois faire quelque chose !", "tu ne dois pas prendre de risque  !", "ne fais rien d'illégal !"... Ce télescopage de pensées se voit au gestes désordonnées de la personne, à sa souffrance... et au fait qu'elle ne fait rien d'utile. Un autre exemple sont ces personnes qui continuent à penser au travail une fois qu'elles sont rentrées à la maison. Au travail, ces pensées étaient comme une masse laborieuse qui s'activait de façon utile et ordonnée. Rentré à la maison, la masse laborieuse n'a plus rien à faire et court de façon désordonnée dans tous les sens, créant un chaos des plus douloureux. On est obligé de se droguer pour gazer les pensées... Un bouddhiste met le ho-là à tout cela. Cela se fait en plusieurs étapes :
Un bouddhiste tend donc à rester calme en cas d'accident. Comme il ne fait pas de gestes désordonnés et que ses yeux ne tournent pas dans tous les sens, cela peut donner l'impression qu'il n'est pas touché par les événements, qu'il est insensible. En réalité il essaye de poser les gestes utiles, le plus efficacement possible. Il essaye de faire fonctionner les pensées adéquates.
Par la méditation, un bouddhiste peut se préparer avant une épreuve, pour avoir les pensées adéquates le moment venu, comme un artisan remplit sa sacoche des outils adéquats pour un travail donné.

Un élément important du bouddhisme est le détachement. Un airbag, une mine antipersonnel ou un insecte, agissent sur l'instant, en fonction de stimulis simples. Un humain est beaucoup plus complexe que cela, par exemple dans le fait qu'il peut désirer une chose sans que cette chose soit présente. Également, le propre de l'humain est qu'il ressent une frustration s'il n'a pas obtenu ce qu'il désire. La vie d'un humain consiste à avoir certains besoins et certaines peurs et à faire le nécessaire pour les satisfaire. Il a le besoin de respirer, il a le réflexe de respirer et il ressent une douleur s'il ne peut pas respirer. Il en ira de même pour son besoin de statut social, de biens matériels... Il ne met pas ces besoins en doute ; ils sont une évidence. S'ils sont compromis, c'est automatiquement un drame. Le bouddhiste, se doit de contempler cela d'un œil critique. Il sait que si les soldats ne pensent qu'à tuer des ennemis, la raison en est qu'ils ont été endoctrinés à l'idée que l'ennemi est une bête sauvage. Il sait que s'il a besoin de manger, la raison en est que son organisme est programmé pour absorber de la nourriture pour survivre. Il sait que si chacun a besoin de faire comme son voisin, les raisons en sont la jalousie ou le conformisme. Cela ne veut pas dire que le bouddhiste n'a pas de besoins, ni qu'il les condamne. Mais, il se doit de ne pas être victime de ses besoins. S'il a besoin d'une chose qui est inaccessible, il ne va pas se pourrir la vie en y pensant toute la journée. À la guerre, il essayera de faire des prisonniers plutôt que de tuer. Le fait de savoir que respirer est un réflexe biologique, ne lui donne pas la possibilité de se passer de respirer... mais, lors d'un incendie, au lieu de s'affoler parce que la fumée l'empêche de respirer, il se rappellera calmement que la fumée monte et qu'il peut trouver de l'air plus respirable en se penchant au raz du sol. Avoir conscience du fait que manger est un besoin physiologique, le poussera à préparer des repas de meilleure qualité. Même quand il ne comprend pas la nature d'un besoin, il se rappellera malgré tout que ce n'est qu'un besoin et qu'il ne faut pas le subir aveuglément. Il ne devient pas fou de panique quand il y a de la fumée, ni quand il n'a pas pu acheter la dernière robe à la mode.

Le bouddhisme est un édifice imposant. A l'heure actuelle, les chercheurs les plus avancés en psychologie et sciences humaines redécouvrent des choses qui font partie du bouddhisme depuis des siècles.

Le Bouddha lui-même a dit "Ne cherchez pas à faire comme moi". Le bouddhisme, c'est avant tout le développement de chaque personne en particulier. Être bouddhiste, c'est être soi-même.

Le précepte le plus fondamental du bouddhisme est sans doute celui-ci : évoluez. En effet, les mauvaises choses viennent de personnes qui sont restées bloquées à un stade donné de leur évolution et persistent à voir les choses d'une certaine façon. Un adepte du bouddhisme se doit de perpétuellement se remettre en question, apprendre de nouvelles choses, voir les choses sous d'autres angles ; s'adapter. Chacun a énormément de choses à apprendre dont il ne soupçonne parfois même pas l'existence. Cela demande du travail et de la sueur. Il faut enterrer ce que l'on était, même s'il en coûte, pour renaître meilleur, mieux adapté à la réalité et aux autres.

Un des enseignements que l'on peut tirer du bouddhisme est que pour changer une personne il faut lui apprendre les choses nécessaires pour qu'elle puisse se comporter différemment. C'est un travail bien plus long et compliqué que de se contenter de faire des reproches ou de faire preuve d'une patience stérile.

Chez les bouddhistes, la douleur est un signe de manque de maturité, d'inadaptation. La douleur ne doit pas être refoulée ou masquée par des artifices. Au contraire, elle doit être exprimée et prise en compte. Elle disparaîtra quand la personne aura évolué. La douleur n'est pas non plus considérée comme un passage obligatoire. La prévention est la meilleure politique. (Certaines écoles bouddhistes, par exemple d'arts martiaux, utilisent la douleur comme outil d'endurcissement. Mais il s'agit alors d'une pratique structurée, à laquelle les élèves ont librement consenti.)

Le bouddhisme explique qu'une personne qui n'est pas instruite, une personne qui n'a pas eu une certaine évolution spirituelle, sera condamnée à souffrir dans la vie. Elle ira de problèmes en problèmes, sera victime de toutes les situations et engendrera des problèmes pour les autres. Mais contrairement à d'autres religions le bouddhisme ne considère jamais un cas comme désespéré. Il apporte nombre de conseils, voies, anecdotes, légendes, supports de méditation, symboles... qui permettent de retrouver la voie de la spiritualité.

Les bouddhistes n'étant pas des refoulés, ce sont donc généralement des personnes fiables. Ils n'ont pas un tissus de frustrations dans la tête qui pourrait les amener à poser des actes déplacés ou impulsifs. Le fait qu'un bouddhiste ne refoule pas ses émotions ne veut pas pour autant dire qu'il cède systématiquement à ses pulsions  : il est à l'écoute attentive de toutes les émotions et pulsions qui naissent en lui, mais il les gère en se servant de son cœur et de sa raison. Il ne passera à l'acte que s'il y a lieu de le faire. Les pulsions qui ne peuvent être assouvies seront "classées sans suite" de façon judicieuse.

Comme il n'est pas toujours possible de prendre le temps de réfléchir, les bouddhistes veillent à cultiver leurs réflexes. Un exemple simple : les arts martiaux. On y apprend à avoir instantanément les bons gestes. On y apprend aussi à développer son intuition, savoir percevoir un grand nombre de petites informations fluettes et en tirer des conclusions. Lors d'un combat avec les yeux bandés, on détermine la position et les gestes de l'adversaire en utilisant le son de chaque bruissement de tissus, chaque bruit de respiration. Sans réfléchir, on "voit" l'adversaire. Des études modernes ont montré à quel point ces mécanismes sont puissants : ces bruits sont trop faibles pour être entendus consciemment, mais le cervelet, partie primitive et très rapide du cerveau, les perçoit tout de même et les utilises pour fabriquer une image de la position de l'ennemi. Ensuite, cette image est transmise à la partie évoluée, consciente, du cerveau. Ni le combattant aux yeux bandés, ni un spectateur éventuel, n'entendent le moindre bruit, mais pourtant le combattant "voit" son adversaire. Imaginez ce que cela donne si on aborde de la même façon la vie dans la nature ou la communion avec les autres êtres humains ! (On tend à conférer cette aptitude aux ordinateurs par l'intermédiaire des systèmes à réseaux de neurones.)

Le sourire du Bouddha, que vous avez certainement déjà vu sur une statue ou une image, est l'équivalent du mot "Islam" en arabe : la paix, l'harmonie, la sagesse, l'intelligence. Peu importe qui la statue représente, ce qui compte est son sourire, l'évocation de cet état d'esprit.

Les religions vous disent que toute chose est l'œuvre de Dieu et que Dieu est en toute chose. Le bouddhisme ne vous dira pas que c'est faux. D'ailleurs même les athées considèrent que les religions ont raison, si l'on part du principe que "Dieu" est une façon générale de parler de "La Vie". Mais le bouddhisme, pragmatique, vous recommande et vous apprend à aller plus loin, à voir chaque chose telle qu'elle est. La belle jeune fille est peut-être en réalité une mangeuse d'hommes qui vous ruinera... Ce quasimodo dans son coin est peut-être la seule personne qui vous aiderait si vous tombez malade... Le "troisième œil" voit les choses telles qu'elles sont, au delà des apparences.

Le système occidental pratique le culte du but. "Il faut se fixer des objectifs", disent ils. Une des conséquences est que certaines personnes vont vouloir raccourcir le chemin qui mène au but, au point de bâcler le travail ou recourir à des pratiques malhonnêtes. Le bouddhisme au contraire se réfère plutôt à l'action, "être en train de faire". C'est le présent qui compte, le fait qu'on y est bien et qu'on y mène des actions sensées. "Un long voyage commence par un premier pas". Un bouddhiste sait tirer parti des étapes intermédiaires d'un travail, voire n'envisage pas de fin à son travail. Les occidentaux abusent du proverbe "vise plus haut que la cible, la flèche tombe en volant". Ils se fixent des objectifs inatteignables pour en fin de compte ne rien faire. Un bouddhiste envisage aussi le bénéfice qu'il peut tirer d'un résultat éventuellement différent de ce qui était initialement prévu.

Les religions sont parfois opposées à ce qui est "logique". Les religieux parlent de "pièges de la logique" et de "l'importance de l'irrationnel". Chez les bouddhistes c'est le contraire : ils adorent la logique. Ils la cultivent comme un art. Les moines bouddhistes se livrent entre eux à des joutes de logique.
La logique est utilisée par certaines religions pour déclarer qu'elle permet de "prouver" leurs dogmes. Un des moteurs du succès historique du bouddhisme est que les moines fournissaient des contre-démonstrations de ces dogmes. Ils montraient que tout peut être dissout dans une bonne logique bien bouddhiste.

Les religions ont tendance à proposer une "norme" qui correspond à l'état d'esprit de ses fondateurs. Ils disent ce qui est bien et en quelle quantité. Les bouddhistes préfèrent expliquer que toute chose peut être bonne ou mauvaise. Toute action a des effets bénéfiques et des effets indésirables. L'important est d'être en mesure de déterminer ce qu'il est bon de faire suivant les circonstances qui se présentent. Un bouddhiste ne prône ni le pacifisme ni la guerre. Il apprend à être un pacifiste et il apprend à être un guerrier. Être un pacifiste fera de lui un guerrier redoutable. Être un guerrier fera de lui un pacifiste convaincu. Tout est relatif (ce qui n'empêche pas de construire des édifices absolus suivant les nécessités ponctuelles).

Le Bouddha enseigne la voie du milieu. Aucune chose n'est spécifiquement mal ni spécifiquement bien. Par exemple il est vain de se demander s'il faut verser toute la journée de l'eau à une plante ou s'il ne faut jamais lui donner d'eau. La bonne question est plutôt : "Quelle quantité d'eau faut-il donner à une certaine plante, suivant la nature du sol et les conditions météorologiques  ?" Il est vain de se demander si les plats salés sont meilleurs ou non que les plats sucrés. Il faut se permettre de manger des deux, ou les mélanger... L'équilibre naît de la complexité d'une construction simple et esthétique. Cela demande beaucoup de culture, de rencontres et de pratique.

Beaucoup de personnes se considèrent "en charge" de quelque chose. Ils ont la responsabilité de... ils ont le devoir de... il faut que... Cette charge les mine, tous leurs instants sont corrodés par le poids de leur responsabilité. A force de se torturer, de se rendre malades, ils finissent par ne plus être à même d'assumer leurs obligations. Ils accumulent les erreurs, tout s'écroule... Si par exemple ils étaient entrepreneurs, leur entreprise fera faillite. La douleur qu'ils ressentiront sera immense. Ils considèrent que la faillite confirme qu'ils n'ont pas été assez responsables, qu'ils n'ont pas été suffisamment tendus à assumer leur charge. Après la culpabilité vient une immense sensation de liberté : maintenant ils ne sont plus responsables, la faillite est derrière eux. Alors ils recommencent, ils reprennent un travail, une autre charge. Leur vie est une longue charge entrecoupée de catastrophes suivies de brèves sensations de liberté. Les bouddhistes prônent une autre approche. Ils conseillent le "lâcher prise". Le lâcher prise est le fait de, au moins quelques instants, ne plus se considérer comme en charge de rien. C'est le fait de s'asseoir et de nier toute responsabilité, être libre. Il faut le faire régulièrement : tous les jours ou toutes les semaines, quelques instants ou quelques semaines. On pense à des choses diverses, ou on ne pense à rien... Cela permet de décompresser, de guérir, d'entrevoir des choses nouvelles. Les personnes qui font cela ne mènent pas leur entreprise à la catastrophe. Ils ressentent la liberté avant que la faillite n'ait lieu, ainsi elle n'aura jamais lieu. En caricaturant on peut dire qu'un bouddhiste ne se sent jamais responsable de rien. Il reste assis, c'est tout. De temps à autres, sans qu'il sache trop pourquoi, il se lève pour faire quelque chose. Il cède à une pulsion naturelle qui le mène à poser un acte, et il le pose bien.

Un bouddhiste recherche l'illumination. C'est le fait, après avoir appris beaucoup de choses, après avoir fait beaucoup d'expériences et après avoir ressentit ce que l'on a en soi, de savoir les choses. Un illuminé perçoit les situations et sait ce qu'il doit faire. On le reconnaît au fait que son visage est un grand sourire calme. Une personne donnée peut être illuminée pour certaines choses et pas pour d'autres... L'expression de la culture française qui correspond le mieux est "il a le chic".

Un bouddhiste atteint le stade de l'impassibilité. C'est par exemple le fait de ne pas être broyé d'envie de saisir une liasse de billets que l'on vient de trouver. Ou le fait de ne pas fondre en lamentations en découvrant un massacre. Ce qui n'empêche pas d'amener la liasse au bureau de police, ni de partir à la recherche des auteurs du massacre pour les mettre méthodiquement hors d'état de nuire. L'impassibilité peut être atteinte lorsqu'on a une conscience bien construite de ce que l'on est, des capacités qu'on a, de qui on est.

Un bouddhiste est sujet à l'émerveillement. C'est la faculté de pouvoir, comme un enfant, observer les choses de la vie, s'en étonner.

Bouddha a résumé ainsi son enseignement : "J'enseigne comment souffrir et comment sortir de la souffrance.".

La compassion est une vertu cardinale du bouddhisme. C'est le fait de ressentir ce que ressentent les autres, comme si vous le viviez vous-même. Joies, douleurs, angoisses, états d'âmes... Par extension, c'est le fait de ressentir quels sont les rêves, les espoirs et les besoins des autres. On devient capable de compassion au terme d'un long apprentissage. Il faut avoir connu soi-même la joie, la douleur, les angoisses... Avoir soi-même rêvé et espéré. Il faut avoir beaucoup vécu avec d'autres êtres humains et avec des animaux. Il faut que votre cerveau devienne capable de tirer des informations des moindres gestes d'une personne : de son timbre de voix, de sa respiration, d'un faible mouvement de la tête, d'un infime mouvement des sourcils... Il faut se renseigner sur les gens, apprendre leur histoire, les écouter parler. La compassion n'est pas le fait de comprendre l'état d'esprit de l'autre (ce qui est déjà très bien), c'est le fait de ressentir la même chose que lui, dans vos tripes, comme si vous étiez lui. S'il a l'esprit obscurci, vous vous sentirez lourd, l'esprit obscurci. En même temps le bouddhisme vous enjoint à ne pas vous prendre pour l'autre, à garder votre identité propre. L'égoïsme est aussi une vertu cardinale... c'est ainsi que vous aiderez le mieux l'autre, que vous lui apporterez le plus de choses, par votre détachement. Si par exemple une personne est découragée et insensible aux choses, ce n'est pas en devenant vous aussi morne et insensible que vous pourrez faire quelque chose pour elle. Au contraire, vous chasserez vigoureusement cet état d'esprit de votre tête et vous lui communiquerez cette attitude dynamique.

Le bouddhisme enseigne à accepter le fait que toute chose va disparaître un jour. Que ce soit en un éclair ou au fil des siècles. Que ce soit après quelques secondes de vie ou après des milliers d'années.

Les bouddhiste parlent de "petits maîtres". Un petit maître est tout chose, minérale, végétale, animale ou philosophique qui vous apprend quelque chose sans le faire exprès.

Rien n'étant parfait, le bouddhisme a aussi ses déviances. Par exemple certains adeptes mal formés poussent la notion de détachement trop loin. Ils deviennent insensibles, ils se permettront même parfois de tuer ou de violer. Ce sont des psychopathes qui croient trouver une légitimité dans le bouddhisme. Un autre problème est qu'à force de discourir du fait que toute chose est périssable et la douleur inévitable, certains bouddhistes finissent par vous offrir des bonbons, euh, non, pardon : ils finissent par devenir pessimistes. Ils ne font plus rien de mal parce qu'il ne font plus rien du tout. Ils perdent le dynamisme qui fait le jus de l'espèce humaine. Les déviances arrivent en particulier aux personnes dont l'instruction en incomplète. Si on arrête son initiation au moment où il était question de détachement extrême, certains deviennent tellement détachés des choses qu'ils n'ont plus aucun lien avec le monde. Un autre exemple : ceux qui entendent de façon primaire le précepte comme quoi il ne faut pas refouler ses pulsions. Ils deviennent des abuseurs, éventuellement de dangereux manipulateurs.

Il existe en théorie un courant religieux plus ouvert encore que le bouddhisme : le jaïnisme. Elle considère que ni les religions des intemporels, ni les religions du temporel, n'ont raison, mais que tout dépend du point de vue suivant lequel on se place.

Parlons un peu du bouddhisme en terme de casserole de lait sur le feu. Le lait chaud, c'est délicieux. Mais si vous laissez une casserole de lait sur le feu, au bout de quelques minutes elle se mettra soudain à bouillir et une mousse abondante de lait se répandra autour de la casserole. Cela produit une odeur horrible, c'est difficile à nettoyer et c'est du gaspillage... Il faut donc rester à côté de la casserole, pour la retirer du feu à l'instant-même où l'ébullition du lait commence. Vous êtes la casserole, le lait, le feu et la main qui doit retirer la casserole du feu. Dans certaines religions, on charge autrui de contrôler votre ébullition. Dans d'autres religions, on interdit au feu de brûler, ce qui évite les problèmes. Dans d'autres religions encore, on vous dit d'utiliser un extincteur dès que la casserole entre en ébullition. Le contenu de l'extincteur est toxique mais peu importe, vous n'aviez qu'à ne pas désirer de lait chaud... Le bouddhisme part du principe que le lait chaud est une chose saine et naturelle et ne doit pas être empêché. Vous devez donc apprendre à bien préparer le lait chaud. Vous devez être totalement présent à la casserole, pour la retirer du feu avec exactitude. Les pratiquants d'arts martiaux apprennent à maintenir la casserole en ébullition sans qu'elle déborde. L'illumination est quand vous devenez capable de faire déborder la casserole de lait bouillant de sorte à ce que son contenu se répande sur une pâtisserie qui sera absolument délicieuse par ce fait.

Deux pages de proverbes bouddhistes :

http://www.chine-informations.com/guide/proverbes-bouddhistes_1376.html

http://www.horaz.com/03_Citations/THEMES/proverbesBOUD.htm



Eric Brasseur
7 octobre 1997
au 30 décembre 2016
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